La parole au vigneron





René, le père de Daniel et Marie-Françoise  et Denise leur tante  dans la garrigue

       Domaine Le Garrigon à Tulette

Entretien avec Daniel Couston 
et sa soeur Marie-Françoise Couston

Le domaine viticole est en appellation Côtes du Rhône, héritage familial que les frère et soeur ont l’art et la manière de faire prospérer.

Daniel connaît le vin, il sait en parler. Il travaille sans relâche entre vignes et caveau. 

Marie-Françoise s’occupe de la gestion du domaine, et nul détail n’échappe à sa fine perspicacité.
Le domaine affiche ainsi une pleine santé.

Les mots de soi*e : Dans la famille Couston, le vin occupait il une place importante?

Notre grand-père était vigneron, mon père était vigneron. Le vin occupe une place importante dans la famille Couston, depuis notre grand-père, Raoul, qui, après la culture des pommes et des amandes, s’est passionné toute sa vie durant pour la vigne et le vin. Son père était maraîcher, et allait vendre ses produits à pieds, jusqu’à Pierrelatte, Pont saint Esprit.

L’amour et le respect de la terre, dans notre famille, s’est transmis de génération en génération.

Daniel :
son propre père est originaire de Sainte Cécile les Vignes, et au lendemain de la guerre, il a une idée : il achète ses premières parcelles, cinq hectares. En 1945, à Tulette, c’est un pionnier : il n’y a pas de vignes... alors il se lance dans l’aventure et plante ses premiers plants.

Marie-Françoise raconte:
Il n’y avait que des oliviers, des amandiers, des pommiers, des champs de lavandin. Oui, mon grand-père Raoul avec audace passe du jardin maraîcher à la vigne. Il est un peu visionnaire, et commence avec peu de terres. Le vin est vendu sous forme de barriques par un courtier. C’est alors un vin de café prisé des comptoirs lyonnais, et le commerce se développe avec succès
A partir de cinq hectares de vignes, il bâtit à force de travail, d’intelligence et de talent, un domaine viticole pérenne de deux-cents hectares. ( En 1953 il devient maire de Tulette. )

Daniel :

Mon grand-père Raoul, producteur, vigneron et vinificateur, m’a transmis un bel héritage, l’héritage de la famille Couston : 

« Toujours aller de l’avant »

Au moment du partage en 1973. René, mon père, féru et passionné d’arboriculture, s’associe avec sa soeur, Denise. Le relais est assuré : René prend à bras le corps le domaine, et Denise s’occupe de la comptabilité, à la suite de la femme de Raoul, Yvonne.


Marie-Françoise :
La transmission du domaine s’est faite sur trois générations grâce à une belle lignée de femmes, investies comme les hommes dans cette aventure du vin. Yvonne transmet à sa fille Denise les secrets et l’expertise nécessaires au maintien et au développement du domaine, qui me les transmet à moi, sa nièce.

Yvonne au secrétariat

 Daniel :

Oui, le domaine, c’est avant tout une belle odyssée familiale


Daniel :
J’ai été choisi à la naissance par mon grand-père pour prendre la suite. À partir de mes douze ans, je passais tout mon temps libre à ses côtés, dans la vigne. Je ramassais les sarments et c’était vraiment agréable pour moi car je sentais et savais à ses côtés que je voulais faire cela : apprendre ce beau métier de viticulteur. Par ailleurs, le nom de viticulteur était le seul employé depuis bien des générations. Le mot « vigneron » est un terme plus récent.
Je serai viticulteur, voilà l’évidence de mes jeunes années.

Marie-Françoise :
Daniel est très tôt proche de la nature, il aime le grand air, élève des tourterelles, apprivoise aussi un écureuil, se passionne pour les insectes, la géologie, la spéléologie... Qu’aux côtés de notre grand-père il s’épanouisse dans les vignes, se nourrisse par l’observation et une noble curiosité de ce qui est déjà une passion pour la vigne, c’est ce qui l’a forgé en tant que futur viticulteur. Aujourd’hui, et depuis de nombreuses années, il est le détenteur d’un savoir-faire véritable, entre tradition et innovation.

Daniel :
Oui, je suis parti faire mes études à Orange puis à Beaune pour apprendre le métier et j’ai décroché un diplôme en « Viticulture et Oenologie » . Nous apprenions tout, pendant plusieurs années, à propos des sols, des sous-sols, de la vigne, des procédés de culture aux processus de vinification... Tout cela c’était passionnant, l’aspect savoir. Et pendant les vacances, j’observais et oeuvrais progressivement à faire passer ce savoir et cette théorie à une dimension pratique. Il m’a fallu du temps et de la patience pour passer du savoir scolaire à la véritable connaissance , et à sans cesse m’approcher en quelque sorte d’une maîtrise de toutes les phases du jeune plant de vigne aux secrets de la vinification...


Une incroyable aventure qui ne se termine jamais, celle de l’homme dans la nature...

À la fin de mes études, donc, je reviens aider mon père, René, à faire la vigne. À l’époque, la production était écoulée sous forme de citernes. Je décide d’innover, fidèle en cela à l’héritage Couston d’aller de l’avant, et me lance : mille bouteilles sont remplies, et selon les propos de mon père « C’est bien de remplir mille bouteilles, mais il faut les vendre »... Je relève le défi.

Ce sera ma première aventure dans le domaine du vin, avant le passage en bio, puis en vegan.

Oui, je peux dire que dans notre famille, nous sommes véritablement des innovateurs : premiers à produire du vin sur des parcelles destinées aux olives, amandes etc., pionniers du temps où mon grand père qui, en tant que maire de Tulette, a permis l’épanouissement des vignobles et des grandes sociétés viticoles dans toute sa circonscription, pionniers par le choix de machines innovantes, comme l’achat d’une prétailleuse par le domaine  au début des années soixante dix, la première de toute la région...

LMDS : Quels sont vos premiers souvenirs du vin?

Marie-Françoise :
J’ai trois ou quatre ans, maman pèse le raisin sur la grande bascule. Papa écrasait le raisin, donnait du mout à maman qui mesurait dans un multimètre la densité du moût, c’est l’instrument qu’elle utilisait pour évaluer le taux d’alcool probable du vin à venir. Les parfums que je respirais c’était ceux du raisin, du moût, du vin jeune.
Pour la dégustation du vin, je ne peux dire vraiment. En fait, je n’avais pas droit au vin dans ma prime jeunesse, comme tous les enfants, j’étais considérée comme trop jeune pour goûter à ce breuvage.
Mes frères commençaient à goûter un peu de vin dès leurs quatorze ans, ils y ont été autorisés plus jeunes que moi.

Daniel :
Ce sont les parfums du moût, les effluves du vin qui fermente qui viennent immédiatement dans mon souvenir. La première dégustation d’une cuvée familiale s’est faite plus tard, bien sûr.
Je me rappelle de cette interdiction formelle d’entrer dans la cave, pendant mon enfance. Cela me fait sourire maintenant. Je respectais cet interdit, car il y a avait « un crocodile » qui en surveillait l’accès ! ...

Daniel et Marie Françoise rient ensemble de cette anecdote.

Il est vrai que j’ai reçu de mon grand-père une formation et une éducation autour du vin « en continu ». Je le suivais comme son ombre, et toutes les ambiances, et toutes les senteurs de ma jeunesse, celles qui m’ont marqué, sont liées au raisin. Le raisin qui arrive à maturité, dégusté sur le cep, c’était l’avant goût du vin. Les effluves issues de la fermentation, qui s’échappaient de la cave à laquelle je n’avais pas accès alors, ont façonné mon odorat, ma sensibilité olfactive. Et lorsque j’ai dégusté la première gorgée de vin, j’étais prêt.

LMDS : Quels vins aimez-vous déguster, quelles sont vos plus belles dégustations?

Les vins Côtes du Rhône, sans hésitation !

Daniel sourit !
Je suis dégustateur depuis de nombreuses années, dégustateur des nouveaux millésimes en vue de la labellisation dans l’appellation AOC Côtes du Rhône.
Je me souviens d’une anecdote : Mon père aimait les vins de pays, les vins légers. Un de ses amis, un vigneron de Bordeaux, lui a fait goûter du vin de sa propriété. Il avait apprécié, à sa juste mesure, la qualité de cet excellent vin de Bordeaux, mais a conservé sa préférence pour certains Côtes du Rhône.
Je dois être un peu dans cette même lignée.
J’ai dégusté, et déguste souvent d’excellents vins, comme des Bourgogne, de très bons vins assurément, et j’aime découvrir le travail de mes confères et consoeurs.

LMDS : Comment avez-vous décidé de reprendre le domaine ensemble, frère et soeur, et de l’agrandir?

Daniel :
Après mes études, je suis revenu au domaine, et ai travaillé en tant qu’ouvrier agricole

Marie-Françoise :
Et je travaillais en tant que secrétaire. Et puis notre frère Jean est parti et s’est lancé dans l’agriculture biologique, et la biodynamie sur d’autres parcelles familiales, pionnier lui aussi dans ces domaines dans la Drôme.

Au moment du partage des terres lors de la succession, Marie-Françoise et moi nous nous sommes associés et avons pérennisé l’aventure familiale : nous travaillons ensemble au sein du Domaine Le Garrigon depuis une trentaine d’années maintenant.